Les Haïtiens ne voteront pas en décembre, pas cette année. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé, par communiqué, le report des élections présidentielle et législatives. Le premier tour devait avoir lieu le 13 décembre 2026, le second le 21 février 2027. Aucune nouvelle date n’est avancée.
Le communiqué ne mentionne plus aucune des dates fixées auparavant. Le CEP indique aussi que la période de campagne électorale est reportée. Un calendrier actualisé sera publié « dans les meilleurs délais », en tenant compte des exigences techniques, de la logistique et des conditions nécessaires à un scrutin correct.
Les gangs au cœur du problème
Le contexte sécuritaire pèse lourd. Les gangs contrôlent près de 90 % de l’agglomération de Port-au-Prince et gagnent du terrain dans les zones rurales. Sur environ 11 millions d’habitants, près de 1,5 million de personnes ont dû quitter leur domicile.
La Force de répression des gangs (FRG), soutenue par l’ONU, doit venir épauler la police haïtienne avec 5 500 agents internationaux. Elle est toujours en cours de constitution.
Des listes électorales presque vides
Sur environ 6 millions d’électeurs potentiels, seulement 600 000 environ sont inscrits sur les listes, soit à peu près un sur dix.
Le décalage se retrouve chez les jeunes. Buzz the Magazine a mené un petit sondage en septembre, sur le terrain, aux alentours de Delmas, en interrogeant directement une centaine de personnes de 19 à 25 ans. Deux tiers disent soutenir au moins un candidat. Pourtant, 90 % ne croyaient pas à la tenue des élections cette année.
Chachou (c’est son surnom), jeune membre de la plateforme VAR, ne mâche pas ses mots : « Nan eleksyon sa yo li pa lòt ke Wilson Jeudi, yo mèt fè eleksyon yo lè yo vle, nan VAR nou prale… »
Emma, elle, avait compris avant le CEP que le vote n’était pas jouable dans un tel climat d’instabilité. « Ki kote kandida yo pral fè kanpay ? », demande-t-elle, en rappelant que les gangs tiennent une grande partie de l’Ouest et de nombreuses villes de province.
Sur les réseaux sociaux, le scepticisme prend aussi la forme de l’humour. Les affiches de candidats sont souvent détournées et tournées en ridicule, surtout celles fabriquées avec l’IA.
Ce sondage ne prétend pas représenter toute la jeunesse haïtienne, elle entre dans la cadre de travaux à long terme, dont les résultats seront publiés sur Buzz the Magazine.
Pas de scrutin depuis 2016
Haïti n’a plus organisé d’élections depuis 2016. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, personne n’a été élu pour lui succéder.
Pour le géographe Jean-Marie Théodat (Université Paris I Panthéon-Sorbonne), ce nouveau report met en lumière les difficultés du gouvernement du Premier ministre de facto Alix-Didier Fils-Aimé. Désigné en novembre 2024, il dirige l’exécutif depuis la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, le 7 février 2026, avec pour mission prioritaire de rétablir la sécurité et d’organiser les élections. Mi-août encore, il assurait que le vote aurait lieu cette année, « quoi qu’il arrive ».
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