Erik Prince, le fondateur de Blackwater somme les chefs de gangs de « choisir la vie » et de se rendre. Son message tombe à un moment sensible : l’ONU décrit des gangs qui se réarment, une force internationale en sous-effectif et des frappes de drones dont le bilan civil inquiète.
Un ultimatum lancé aux chefs de gangs
Des groupes armés réclament le départ de ses équipes. Erik Prince a répondu sans détour :
« Aux chefs de gangs qui nous demandent de partir : choisissez la vie et rendez-vous, sinon attendez-vous aux conséquences de votre comportement meurtrier et sauvage. »
Selon lui, les forces qu’il soutient continuent d’épauler la Police nationale d’Haïti (PNH) pour reprendre les zones contrôlées par les bandes armées. Lors de ses derniers passages à Port-au-Prince, il dit avoir vu des marchés rouverts, plus de policiers dans les rues et des enfants en uniforme sur le chemin de l’école.
Qui se cache derrière ces opérations
Erik Prince dirige Vectus Global. D’après le New York Times, le gouvernement haïtien l’a engagé dès mars 2025, avec des opérations menées en grande partie par drones. En août 2025, il a confié à Reuters avoir signé un contrat de dix ans. Ce contrat prévoit aussi un rôle dans la collecte des impôts et des droits de douane.
Le montant reste secret. Le chiffre de 10 millions de dollars par an, souvent cité, n’a donc jamais été confirmé. Selon la presse, relayée par la Global Initiative, Vectus toucherait une commission sur les recettes douanières : 20 % des hausses pendant trois ans, puis 15 %. Ce centre de recherche note aussi que les mécanismes de contrôle de la société restent opaques.
Un bilan que l’ONU nuance
Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) a recensé 1 408 morts et 656 blessés au deuxième trimestre 2026. Les opérations de sécurité ont freiné les gangs à Delmas et à Tabarre. Cité Soleil et la Plaine du Cul-de-Sac ont, elles, connu une flambée de violence.
Plus de 40 % des victimes sont tombées lors d’opérations des forces de sécurité, parfois avec une société militaire privée étrangère et des drones explosifs. Au moins 95 d’entre elles n’avaient aucun lien avec les gangs.
Le 2 octobre, le Haut-Commissaire Volker Türk a prévenu que les gangs s’adaptent, se réarment et réapparaissent ailleurs. Il s’inquiète d’un usage disproportionné de la force. Depuis janvier, au moins 5 700 personnes ont été tuées ou blessées.
Une force internationale encore en construction
Le Conseil de sécurité a créé la Force de répression des gangs (FRG) en septembre 2025. Elle peut compter jusqu’à 5 500 militaires et policiers et remplace la mission dirigée par le Kenya. Les premiers soldats tchadiens sont arrivés début avril 2026. Selon Volker Türk, la force reste très en dessous des effectifs nécessaires.
La question de la souveraineté
Haïti n’a plus de président. Le mandat du Conseil présidentiel de transition a pris fin le 7 février 2026, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé dirige l’exécutif avec son gouvernement. Un pouvoir sans mandat électoral confie donc à une entreprise privée une fonction régalienne, la perception des recettes douanières.
Les critiques posent trois questions : qui contrôle Vectus, qui répond des civils tués, et ce qui se passe à la fin du contrat. Les partisans de l’approche répondent que les gangs tiennent près de 90 % de la capitale et que les missions précédentes ont déçu.
Un test mesurable
Erik Prince promet de « finir le travail ». Le critère est simple : des routes rouvertes, moins de victimes civiles, des comptes rendus publics, puis des élections.
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