Capital Bank tourne au ralenti depuis vendredi 2 octobre. Les agences sont fermées, la banque en ligne est coupée et plusieurs guichets automatiques ne répondent plus. Ce mercredi 7 octobre à 6 h, la banque a publié son quatrième avis aux clients. La réouverture progressive des succursales est repoussée, sans nouvelle date.
Les explications ont changé au fil des jours. Le 2 octobre, la banque parlait de travaux informatiques. Le 4, elle évoquait un « incident technique » sur les serveurs d’applications reliés au système central. Dans l’avis du 7, elle explique que les vérifications prennent plus de temps que prévu. Ses équipes et ses partenaires internationaux restent mobilisés. Les cartes de crédit et les cartes prépayées fonctionnent toujours, précise-t-elle.
La revendication de LockBit
Sur RansomLook, un site qui recense les revendications des groupes de rançongiciels, le domaine capitalbankhaiti.biz apparaît depuis le 5 octobre. Il porte l’étiquette Lockbit5. Le groupe affirme détenir des données de la banque. Il annonce leur publication le 19 octobre si la direction ne cède pas à ses exigences. Pour l’instant, ce sont ses seules déclarations. La fiche ne montre aucun échantillon qui permettrait de les vérifier.
Ce qui est établi tient en peu de mots. La revendication existe, un compte à rebours est lancé, et Capital Bank ne l’a ni confirmée ni démentie. Cinq jours après le début de la panne, la banque n’a toujours pas dit publiquement ce qui l’a provoquée. Elle affirmait pourtant, dans le même temps, que les données de ses clients n’étaient pas concernées.
Or un chantier de maintenance n’a pas les mêmes conséquences qu’un incident de sécurité. Ces versions successives, sans explication sur la cause réelle, nourrissent forcément les doutes. Le mot « cyberattaque » n’apparaît dans aucun message.
Qui est LockBit ?
LockBit est l’un des groupes de rançongiciels les plus connus au monde. Né en 2019, il fonctionne comme une franchise criminelle. Un noyau de développeurs fournit l’outil. Des « affiliés » l’utilisent ensuite pour attaquer des entreprises, des hôpitaux ou des administrations. Le principe reste le même : chiffrer les systèmes de la victime, voler des données, puis réclamer de l’argent en menaçant de les publier.
En février 2024, la police britannique, le FBI et Europol ont lancé l’opération internationale « Cronos ». Elle a permis de saisir une partie de l’infrastructure du groupe. LockBit a pourtant continué d’exister, et son nom revient aujourd’hui avec l’étiquette « 5.0 ».
Une raison de prudence s’impose. Après 2024, des chercheurs ont remarqué que beaucoup de victimes annoncées par le groupe figuraient déjà sur ses listes. Une revendication peut donc être recyclée, gonflée ou invérifiable.
Le 19 octobre, premier test
Si des fichiers de la banque sont mis en ligne et jugés authentiques, l’affirmation sur la protection des données clients tombe. La banque devra alors s’expliquer. Si rien ne sort, ou si les documents sont faux ou anciens, la revendication perdra de sa force. En attendant, les clients n’ont que des avis de quelques lignes.
Le silence, un réflexe qui coûte cher
En Haïti, ce mutisme n’a rien d’une exception. Beaucoup d’entreprises, banques comprises, parlent peu quand ça tangue. Elles publient des avis courts, des causes floues, et demandent au public de patienter. Les messages de Capital Bank sont rédigés en créole, ce qui les rend accessibles au plus grand nombre. Mais accessible ne veut pas dire explicite.
Tous les clients n’ont pas non plus les mêmes moyens de recouper l’information. Certains suivent les réseaux sociaux et la presse en ligne. D’autres apprennent la fermeture devant une porte close ou par le bouche-à-oreille. Quand la parole officielle se limite à quelques lignes, la rumeur occupe le terrain. Les moins informés en pâtissent le plus.
Des clients inquiets
Les Haïtiens connaissent les pannes bancaires. Le journaliste Dimitry Charles le souligne pourtant : cette fois, ça dure plusieurs jours. Plus le temps passe, plus l’inquiétude monte. Sur Facebook, l’internaute Clara Guillaume pose, avec une pointe d’ironie, la question que beaucoup se posent : y a-t-il une vraie garantie pour ceux qui ont de l’argent à Capital Bank ?
Capital Bank est l’une des plus grandes banques privées du pays. Quand elle s’arrête, des milliers de particuliers et d’entreprises le sentent tout de suite. Une question simple demeure, et seule la banque peut y répondre : que s’est-il passé exactement, et quand pourra-t-on de nouveau compter sur ses services ?
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