Après 21 années et 207 sélections sous le maillot de l’Albiceleste, Lionel Messi tourne la page de la sélection argentine. Champion du monde en 2022, double champion d’Amérique et détenteur des records de buts (125) et de passes décisives (65) de son pays, le numéro 10 s’en va après avoir atteint une dernière finale mondiale. Une sortie qui ressemble moins à une fuite qu’à l’aboutissement d’une histoire longtemps inachevée.
Le lundi 31 août, Lionel Messi a mis un terme à sa carrière internationale à l’âge de 39 ans. L’annonce, publiée sur Instagram, n’a rien d’une surprise brutale : elle referme une boucle ouverte plus de deux décennies plus tôt, entre les larmes et les sommets.
Des débuts en or, puis la traversée du désert
Tout démarre bien, pourtant. En juin 2005, Messi survole le Mondial des moins de 20 ans avec l’Argentine : titre continental et distinction du meilleur joueur du tournoi à la clé. Deux mois plus tard, ses grands débuts chez les A tournent court : entré en jeu, il est expulsé quelques minutes après son entrée. Un carton rouge en guise de bienvenue, loin d’annoncer la légende à venir. En 2008, il ajoute l’or olympique à Pékin, décroché avec la génération de copains qui l’a vu grandir.
Mais chez les seniors, le maillot argentin devient rapidement une chape de plomb. Trois finales perdues coup sur coup — le Mondial 2014, puis les Copa América 2015 et 2016, ces deux dernières face au Chili — installent l’idée que Messi, génie en club ou klebè, ne parvient pas à faire gagner son pays. Après la défaite de 2016, où il manque lui-même un tir au but, il annonce une première fois qu’il quitte la sélection. Une campagne publique, portée notamment par Diego Maradona, le convainc de revenir sur sa décision.
La boucle se referme
Le vent tourne enfin avec l’arrivée de Lionel Scaloni sur le banc argentin. En 2021, la Copa América tombe dans l’escarcelle argentine, remportée au Maracanã face au Brésil : premier grand titre de la carrière de Messi avec son pays, après plus d’une décennie de désillusions. Puis vient 2022 et le sacre tant attendu à Lusail, où l’Argentine décroche sa troisième étoile mondiale. En 2024, une deuxième Copa América vient compléter un palmarès jusque-là incomplet.

Le capitaine s’engage alors dans une dernière campagne de qualification, menant l’Argentine jusqu’à la finale de la Coupe du monde 2026, disputée près de New York. Battue 1-0 après prolongation face à l’Espagne, l’Albiceleste voit Messi fondre en larmes sur la pelouse à l’issue du match.
Une lettre écrite dans le deuil
Selon ses propres explications, Messi a rédigé sa lettre d’adieu dès le 21 juillet, deux jours seulement après cette défaite. Mais il a choisi d’attendre avant de la publier, en raison de l’état de santé de son père et agent, Jorge Messi, décédé le 8 août dernier à Rosario, sa ville natale. Ce deuil a, selon lui, conforté sa décision de tourner définitivement la page de la sélection.
View this post on Instagram
Dans son message, Messi insiste sur le sentiment du devoir accompli : il assure avoir toujours tout donné pour ce maillot, bien avant les années de titres, et dit partir en paix et fier, remerciant le destin de l’avoir fait naître argentin. Il précise aussi qu’il redevient désormais « un Argentin parmi tant d’autres », prêt à encourager depuis les tribunes la génération qui prend le relais.
Lionel Messi :Un palmarès hors normes
Avec 207 sélections et 125 buts, Messi termine meilleur buteur et joueur le plus capé de l’histoire de l’équipe nationale argentine, devant même Javier Mascherano au nombre d’apparitions. Il détient également le record de passes décisives (65) et a participé à six Coupes du monde, égalant lui aussi un record. Son palmarès complet avec l’Albiceleste comprend une Coupe du monde (2022), deux Copa América (2021, 2024), un titre olympique (2008), une Finalissima face à l’Italie (2022) et un Mondial des moins de 20 ans (2005).
Il rejoint ainsi Diego Maradona et Pelé dans le débat, jamais tranché, du plus grand joueur de l’histoire.
Un départ choisi, pas subi
Voir Messi raccrocher le maillot argentin à 39 ans ne relève pas d’un déclin physique : c’est davantage une question de timing maîtrisé. Ces derniers mois, en MLS comme lors du Mondial 2026, il a montré qu’il avait su transformer son jeu — moins d’accélérations fulgurantes, mais une lecture du jeu et un sang-froid dans le dernier geste restés intacts. Il ne quitte pas un rôle qu’il subit, mais une intensité qu’il choisit désormais de céder à la jeunesse argentine.
Et maintenant ?
La retraite internationale ne signifie pas la fin de la carrière de club. Lionel Messi continue de porter les couleurs de l’Inter Miami CF, où il reste décisif : il a récemment inscrit quatre buts et délivré une passe décisive lors d’une victoire écrasante 7-1 face au CF Montréal. Il n’a pas précisé combien de temps encore il comptait jouer au niveau professionnel.
Reste l’image d’une trajectoire bouclée : celle d’un joueur critiqué, moqué pour son incapacité supposée à gagner avec l’Argentine, devenu l’homme qui a offert au pays sa troisième étoile mondiale — avant de refermer, à ses propres conditions, la page de la sélection.


