Des rues de Port-au-Prince aux scènes de Coachella, Ibiza ou Tulum, le parcours de Francis Mercier tient presque de l’équation bien posée. Producteur, DJ et entrepreneur, il s’est imposé comme l’une des voix les plus reconnaissables de l’Afro House à l’échelle mondiale, en construisant patiemment un pont sonore entre la Caraïbe, l’Afrique et les grands clubs internationaux.
Né aux États-Unis dans une famille haïtienne, Francis Mercier grandit à Port-au-Prince, où il baigne dans un mélange de rythmes créoles, de coupé-décalé, de hip-hop américain et de chanson française. Cette diversité façonne tôt son oreille.
À 18 ans, il repart aux États-Unis pour intégrer l’université Brown, dans l’Ivy League, où il étudie les mathématiques appliquées et l’économie. C’est pendant ses études qu’il commence à mixer le week-end à New York, décrochant ses premiers gigs en démarchant directement les organisateurs de soirées étudiantes sur Facebook. Il dira plus tard voir un lien naturel entre les deux disciplines : la production musicale, comme les mathématiques, est affaire de structure — fréquences, gains, architecture sonore où chaque élément doit trouver sa place.
Deep Root Records, puis Solèy
En 2015, Francis Mercier cofonde à New York le label indépendant Deep Root Records, avec l’entrepreneur Ajamu Kambon. Le label se construit autour de trois piliers : gestion d’artistes, exploitation musicale et production d’événements, avec une place particulière pour les sonorités afro et melodic house. Une extension, Deep Root Tribe, viendra plus tard élargir la palette du label vers un son plus organique, porté sur des éléments world.
Ces dernières années, Mercier a fait grandir un autre projet, Solèy (« soleil » en créole haïtien), d’abord conçu comme une série d’événements avant de devenir un label à part entière — celui sur lequel il autoproduit désormais l’essentiel de sa musique, dont son premier album.
Les titres qui ont fait sa notoriété
Sa signature : percussions organiques, cuivres et lignes vocales spirituelles, souvent chantées en créole, en bambara ou en espagnol.
- « Premier Gaou » (2021) — réinterprétation du classique de Magic System, sortie sous son alias Emvafaya sur le label de BLOND:ISH.
- « Sete » (2022), avec BLOND:ISH et Amadou & Mariam — n°2 sur Beatport, top viral Spotify, tube qui a marqué un tournant dans sa carrière.
- « Take Me Home » (2026), avec Wyclef Jean et Kah-Lo — collaboration entre deux artistes haïtiens autour des thèmes de la racine et de l’héritage, extraite de son premier album.
Sa musique a par ailleurs été utilisée par des marques comme Disney, Porsche, IBM, Netflix ou l’UFC, et diffusée sur BBC Radio 1, Tomorrowland One Radio ou SiriusXM (l’émission de Diplo).
Discographie détaillée
Francis Mercier publie ses premiers titres dès 2013, en tech-house, notamment avec Dean Mickoski. Les premières sorties marquantes sur son propre label, comme « Can You Love Me » et « Treat Me Like a Lady » (avec Jeanne Naylor), lui permettent de construire une audience avant le virage franchement afro house de la décennie suivante.
2020 — Les prémices du virage afro house « Stereo High » et « Our Love » avec Cossy, puis « Heart of Mine » avec Roland Clark, posent les bases du son qui va le faire connaître.
2021 — Premier Gaou, le déclic Sorti sur Spinnin’ Deep, son remaniement de « Premier Gaou » de Magic System (sous son alias Emvafaya, via le label Abracadabra Music de BLOND:ISH) devient un tube de club, porté notamment par le remix de Nitefreak.
2022 — Sete et la reconnaissance internationale « Sete », avec BLOND:ISH et Amadou & Mariam, atteint la 2ᵉ place du classement Beatport et le top viral de Spotify. La même année sort « Ayibobo », avec Nitefreak et Lenny Auguste.
2023 — Consolidation « Kamili » (avec Nitefreak et Idd Aziz), une reprise de Black Uhuru intitulée « Welcome to Dinna », « Egyptian Sun » avec Kiesza, et « Strangers (Do You Remember) » avec Yas Cepeda et EURI.
2024 — Élargissement des collaborations « Hustla » avec Emmanuel Jal, sorti sur le label Higher Ground de Diplo ; « Kabe » avec la légende malienne Salif Keita ; « Imamou » avec le groupe haïtien Boukman Eksperyans ; « Sauti » avec Faul & Wad et l’African Children’s Choir.
2025 — Vers l’album « Solfa (Tila) » (avec Ginton, MoBlack et Rindss), « Found Love » (avec Von Boch), « Magic in the Air » (retrouvailles avec Magic System, aux côtés de Chawki), et « Baianá (Boa Noite) », reprise du groupe brésilien Barbatuques — un signe de l’élargissement continu de sa palette géographique.
2026 — Lakay, le premier album Vingt titres, sortis via son label Solèy, avec des featurings couvrant une quinzaine de pays : Wyclef Jean et Kah-Lo (« Take Me Home »), MASSALA et LexBlaze (« Champagne »), Robin S (« Show Me Love (Devotion) »), Mahmut Orhan (« Sadete »), Salif Keita, MoBlack et Andre Soueid (« Yamore »), Amadou & Mariam, Nadrums et Neyl (« Halala »), Emmanuel Jal (« Sawa »), Jesse Boykins III, Jawora et Neyl (« Believe In Us »), Mark Borino (« All My Life »), K-Zaka et Starr Healer (« Stay »), Lenny Auguste (« Solèy »), entre autres.
Au fil de sa carrière, Mercier a également sorti de la musique sur des labels comme Armada, Subliminal ou Get Physical/Swoon, tout en explorant un versant plus feutré de la deep house sous son alias Emvafaya.
Lakay, le premier album
Le 14 juillet 2026, Francis Mercier sort Lakay (« maison » en créole), son tout premier album studio — vingt titres, des collaborateurs venus d’une quinzaine de pays, et une place centrale pour Wyclef Jean. Le disque revient sur son enfance à Port-au-Prince et sur ce que « chez soi » veut dire pour quelqu’un qui vit sur la route depuis des années : l’idée que l’appartenance se construit par la culture et les rencontres plus que par un lieu fixe. L’album sort pendant qu’il tient une résidence estivale au Hï Ibiza.
Sur scène
Coachella (les deux week-ends de l’édition 2025), le Brooklyn Mirage, le festival Zamna à Tulum, Tomorrowland Brésil, une date aux pieds des pyramides de Gizeh : Francis Mercier tourne sur presque tous les continents, avec des passages réguliers à Ibiza, Londres, Marrakech, Dubaï ou Paris. Il cumule aujourd’hui plus de 500 millions d’écoutes en streaming.
Au-delà de la musique
Mercier a aussi développé Solèy FC, une plateforme communautaire mêlant football, culture et collecte de fonds, avec des événements ayant notamment soutenu la Croix-Rouge libanaise. Une manière, dit-il, de prolonger hors des platines une conviction qui revient souvent dans ses interviews : que l’aide reçue au fil de sa carrière l’oblige, en retour, à en faire profiter les autres.
Entre rigueur héritée de ses études et instinct de rassembleur, Francis Mercier incarne une génération d’artistes haïtiens qui portent leur pays sur les plus grandes scènes du monde — la preuve, dit-il en substance, que le groove ne connaît pas de frontières.

