Le 30 septembre, Cristiano Ronaldo a quitté le rassemblement du Portugal à Copenhague, à la veille du match au Danemark. Il est arrivé à Madrid dans la nuit. Il l’a annoncé sur Instagram, après la conférence de presse de Jorge Jesus et une discussion avec Pedro Proença, le président de la fédération. Il promet de dire « en temps voulu » la vérité sur ses raisons. Il n’a pas annoncé sa retraite internationale, et ses explications n’ont pas encore été données.
Le 23 septembre, lors du Portugal Football Summit, Ronaldo avait été très clair sur son rôle. Il se disait disponible pour tout ce dont l’entraîneur aurait besoin, y compris entrer en cours de match ou ne pas jouer. Il avait aussi prévenu qu’il serait le premier à « prendre sa valise » s’il sentait qu’il n’apportait plus rien, ou qu’il créait une mauvaise ambiance. Une semaine plus tard, la phrase prend un autre relief.
Ce que Jesus a dit
Devant la presse, le sélectionneur a nié toute crise. Il explique avoir établi un plan pour ces quatre matchs en onze jours, valable pour Ronaldo comme pour Bruno Fernandes. Selon lui, il avait convenu à l’avance avec Ronaldo que celui-ci ne jouerait ni en Norvège ni au Danemark. Puis il a posé les choses : « Au club, c’est le président qui commande. Dans l’équipe, c’est moi qui commande. »
Jesus affirme aussi qu’il comptait le faire entrer en seconde période à Oslo, avant d’y renoncer, et il reconnaît avoir mal géré l’échauffement. Les deux propos ne s’accordent pas très bien : d’un côté un accord pour ne pas jouer, de l’autre un plan pour le faire entrer. Le sélectionneur aurait gagné à être plus clair.
Jesus insiste : « le problème n’en était même pas un »
Footmercato a publié sur Instagram d’autres extraits de cette conférence de presse, et ils en disent plus sur la position du sélectionneur. Jesus estime que l’affaire a été gonflée : selon lui, les médias portugais l’ont « pratiquement obligé » à parler avec Ronaldo d’une situation qui n’en était pas une. Il raconte lui avoir dit qu’on en parlait tellement au Portugal qu’il ne comprenait pas ce qui se passait, alors qu’il n’y avait rien à discuter.
Il rapporte aussi la réponse de son capitaine : « C’est à toi de décider. Si tu veux que je joue, je jouerai. Si tu veux que j’aille sur le banc, j’irai. » C’est presque mot pour mot ce que Ronaldo disait lui-même le 23 septembre. D’après Jesus, tout était déjà réglé après le dîner. Et il a refermé la porte d’un geste : aucun joueur, aucun président ne changera ses décisions.
Seulement, ce récit passe mal avec les faits. Si tout était réglé, pourquoi Ronaldo a-t-il quitté le groupe à Copenhague la veille du match ? Et Aguirre parle d’une réunion à trois avec Proença, alors que Jesus évoque un dîner. Rien ne dit que ce soit le même moment. Une fois de plus, on a la version du sélectionneur, que Ronaldo n’a pas confirmée.
La version de l’entourage de Ronaldo
Une autre version circule depuis mercredi soir. Elle vient du journaliste espagnol Edu Aguirre, proche ami de Ronaldo, sur le plateau d’El Chiringuito. Selon lui, une réunion a eu lieu mardi soir entre Ronaldo, Jesus et Proença. Jesus se serait excusé en privé d’avoir fait chauffer son capitaine une trentaine de minutes sans le faire entrer, et lui aurait promis de reconnaître son erreur publiquement. À la place, il aurait affirmé devant la presse que c’est lui qui commande. Aguirre résume : « une trahison ».
Il faut lire ce récit pour ce qu’il est : la version d’un proche, que ni Ronaldo, ni Jesus, ni la fédération n’ont confirmée. Jesus a bien reconnu son erreur d’échauffement en conférence de presse, mais rien ne dit s’il a présenté des excuses. Si l’histoire est exacte, la colère de Ronaldo a une origine compréhensible. Elle ne règle pas la question de la manière dont il a réagi.
Ce que Ronaldo a fait
Après la victoire 2-1 en Norvège, où il est resté sur le banc toute la rencontre, Ronaldo est parti directement vers le tunnel pendant que ses coéquipiers allaient saluer les supporters. Il s’est ensuite entraîné à part lundi et mardi, puis il a quitté le stade peu après que Jesus a annoncé qu’il participerait à la séance.
À 41 ans, être remplaçant est difficile à avaler, et la déception se comprend. Mais un capitaine qui s’éloigne du groupe à deux jours d’un match officiel envoie un message à tous ses coéquipiers. Régler le désaccord en interne, avec le groupe autour de lui, aurait été un autre choix de capitaine.
Dix contre onze
Un avant-centre se juge d’abord à ce qu’il apporte devant le but. Contre le pays de Galles, le 24 septembre, Ronaldo a tiré sept fois sans marquer, et un but lui a été refusé par la VAR. Le Portugal s’est imposé 1-0 grâce à João Félix, et Ronaldo est sorti à la 67e minute. Lors de ses deux dernières apparitions, contre l’Espagne en Coupe du monde puis contre les Gallois, il n’a pas marqué.
Cela ne veut pas dire qu’il ne sert plus à rien : il se place toujours, et ses occasions le prouvent. Mais un avant-centre qui ne les transforme pas et qui n’aide pas l’équipe autrement la prive d’une solution devant. Le Portugal joue alors à dix contre onze, parce que le poste le plus décisif ne rapporte pas. C’est aussi ce qui limite le potentiel du groupe, tant que le sélectionneur doit composer avec le statut du joueur.
En Norvège, Gonçalo Ramos a marqué le but de la victoire. Déjà en 2022, quand Fernando Santos l’avait mis sur le banc contre la Suisse, Ramos avait signé un triplé à sa place. Ces deux matchs ne prouvent pas que l’équipe est meilleure sans lui. Ils montrent que le Portugal a d’autres options, et que Jesus a le droit de les utiliser.
Et les autres ?
Du côté des joueurs, rien ne permet de dire ce que pensent ses coéquipiers. La fédération a simplement indiqué que les 24 joueurs restants restaient concentrés sur la préparation des prochains matchs. Après la Norvège, Gonçalo Ramos a parlé de son match, pas de son capitaine. Aucun joueur n’a pris position publiquement.
Du côté de la famille, la sœur de Ronaldo, Elma, a partagé un message réclamant plus de respect pour son frère et critiquant durement la fédération, la presse et les Portugais. C’est une réaction familiale, pas une position officielle.
La suite
Le Portugal joue ce jeudi soir au Danemark sans Ronaldo, puis reçoit la Norvège dimanche à Porto. Rafael Leão portera le numéro 7 à Copenhague. Ce n’est pas un geste symbolique : le règlement de la Ligue des nations impose des numéros de 1 à 23 sur la feuille de match, et le 7 se retrouvait libre.
Tout dépendra de ce que Ronaldo dira, et de ce que Jesus en fera. Un joueur qui a tant donné au Portugal a le droit de contester une décision, et de se sentir trahi si la version de son entourage se confirme. Mais s’il veut rester le capitaine de cette équipe, il doit accepter que l’équipe passe avant lui. Il le disait lui-même il y a une semaine.

