Ben Underwood, le garçon qui « voyait » avec ses oreilles _ Buzz the Magazine

Ben Underwood, le garçon qui « voyait » avec ses oreilles

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À première vue, Ben Underwood était un adolescent comme les autres. Il aimait les jeux vidéo, le sport, le roller et les défis. Pourtant, lorsqu’il se déplaçait dans les rues de Sacramento, en Californie, quelque chose le distinguait radicalement des autres jeunes de son âge : Ben était totalement aveugle.

Et pourtant, il pouvait détecter des obstacles, identifier certains objets et se déplacer avec une étonnante assurance. Son secret tenait en un simple geste : un claquement de langue.

Un enfant privé de ses yeux

Ben Underwood a perdu la vue alors qu’il était encore très jeune. Atteint d’un rétinoblastome, un cancer qui touche la rétine, il a dû subir l’ablation de ses deux yeux. En 2006, alors qu’il avait 14 ans, CBS News racontait son quotidien et expliquait comment il avait appris à se déplacer sans voir.

Mais Ben ne voulait pas que l’absence de vision devienne une limite absolue.

Vers l’âge de 6 ans, il a commencé à produire des petits claquements avec sa langue. Il a progressivement compris que ces sons revenaient vers lui après avoir rencontré les objets présents autour de lui.

C’était le principe de l’écholocalisation humaine.

Comme les chauves-souris ou certains cétacés utilisent les sons réfléchis pour se repérer, Ben apprenait à interpréter les échos de ses propres clics.

« Voir » avec le son

Le terme « voir » est évidemment une image : Ben ne retrouvait pas une vision comparable à celle d’une personne voyante.

Il utilisait plutôt les informations contenues dans les sons réfléchis pour construire une représentation spatiale de son environnement.

Un objet placé devant lui modifiait le son qu’il entendait. Sa taille, sa position et sa distance pouvaient influencer les caractéristiques de l’écho.

Dans un reportage de CBS, Ben parvenait notamment à distinguer des objets placés sur son chemin et à contourner des obstacles. Il pouvait également pratiquer des activités qui auraient semblé particulièrement difficiles sans vision : roller, karaté, jeux de ballon ou encore vélo.

Ce qui impressionnait le plus les observateurs n’était donc pas simplement qu’il puisse marcher sans voir. C’était son niveau d’autonomie.

Une capacité longtemps considérée comme mystérieuse

Pendant longtemps, les capacités de certains aveugles capables de détecter des obstacles ont été entourées de mystère.

Les premières recherches sur ce phénomène avaient même donné naissance à des notions comme « vision faciale » ou « sens des obstacles ». Les travaux scientifiques ont finalement montré que le phénomène pouvait être expliqué par l’utilisation des sons réfléchis par les surfaces.

Ben Underwood est devenu l’un des exemples les plus célèbres de cette capacité.

Son histoire a attiré l’attention des médias américains et internationaux, notamment grâce à ses apparitions à la télévision.

Mais derrière le phénomène spectaculaire se trouvait quelque chose de beaucoup plus intéressant : le cerveau humain est capable de s’adapter.

Quand le cerveau apprend à utiliser autrement ses sens

L’histoire de Ben prend une nouvelle dimension lorsqu’on la met en perspective avec les recherches scientifiques modernes.

Des travaux menés par des neuroscientifiques ont montré que l’écholocalisation ne constitue pas nécessairement une capacité réservée aux personnes aveugles depuis leur enfance.

Une étude menée à l’Université de Durham a montré que des personnes aveugles mais aussi des personnes voyantes pouvaient apprendre à utiliser l’écholocalisation avec un entraînement régulier. Après dix semaines de pratique, les participants avaient amélioré leurs performances dans différentes tâches de perception spatiale.

Plus étonnant encore, les chercheurs ont observé des changements dans l’activité cérébrale associés au traitement des échos.

Certaines régions généralement associées au traitement visuel pouvaient participer au traitement de ces informations sonores. Cela illustre l’un des phénomènes les plus fascinants des neurosciences : la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à modifier son fonctionnement en fonction de l’expérience et des besoins.

Ben Underwood n’était donc pas simplement un jeune homme qui avait appris une astuce impressionnante.

Son histoire constituait un exemple particulièrement spectaculaire de ce que le cerveau humain peut accomplir lorsqu’il doit trouver une autre manière d’interagir avec son environnement.

Une mère qui refusait de lui imposer des limites

Dans les témoignages consacrés à Ben, un autre élément revient régulièrement : le rôle de sa mère, Aquanetta Gordon.

Elle expliquait qu’elle ne voulait pas élever son fils dans la peur ou dans la surprotection.

Son approche était simple : Ben devait apprendre à faire les choses par lui-même.

Cette philosophie a profondément marqué son parcours. Lorsqu’il rencontrait une difficulté, l’objectif n’était pas automatiquement de faire les choses à sa place, mais de chercher avec lui une manière de les accomplir.

Dans son reportage, CBS insistait justement sur cette dimension : derrière l’écholocalisation, il y avait surtout une attitude face aux limites que la société pouvait imposer à une personne aveugle.

Une vie trop courte

L’histoire de Ben Underwood est malheureusement aussi celle d’un destin interrompu beaucoup trop tôt.

Le cancer qui lui avait fait perdre la vue est revenu des années plus tard. Il s’est propagé à son cerveau et à sa moelle épinière.

Ben est mort le 19 janvier 2009, à seulement 16 ans, chez lui à Elk Grove, en Californie. Il devait avoir 17 ans quelques jours plus tard.

Sa disparition a profondément marqué ceux qui avaient suivi son histoire.

Ce que Ben Underwood nous laisse

Il serait facile de raconter Ben Underwood comme une curiosité : « le garçon aveugle qui voyait avec ses oreilles ».

Mais cette formule, aussi spectaculaire soit-elle, ne raconte qu’une partie de son histoire.

Ben n’avait pas retrouvé la vue. Il avait appris à exploiter autrement les informations que son environnement lui fournissait.

Son parcours rappelle surtout que nos capacités ne sont pas toujours aussi figées que nous le pensons.

Les recherches contemporaines sur l’écholocalisation confirment d’ailleurs que cette aptitude peut être développée par l’entraînement, chez des personnes aveugles comme chez certaines personnes voyantes.

L’histoire de Ben Underwood reste ainsi à la croisée de deux récits : celui d’un adolescent qui a refusé de laisser la cécité déterminer ce qu’il pouvait faire, et celui d’un cerveau capable de trouver de nouvelles voies lorsque les anciennes ne sont plus disponibles.

Il ne voyait pas avec ses yeux. Mais son histoire a montré au monde que percevoir ne se résume pas à regarder.

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