Kenscoff le rapport de la ministre Raina Forbin, entre illusion et mensonge

Kenscoff : le rapport de la ministre Raina Forbin, entre illusion et mensonge

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Devant l’Organisation des États américains, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a présenté un tableau rassurant de la réponse sécuritaire à Kenscoff. Sur le terrain, rien ne vient l’étayer.

Dans la nuit du 23 au 24 août, des hommes armés ont attaqué le centre-ville de Kenscoff. Le bilan, encore provisoire dans les jours qui ont suivi, s’est stabilisé début septembre autour de 47 morts et 22 blessés. Plus de 50 personnes auraient été enlevées, plus de 2 600 habitants ont fui leurs maisons. Des dizaines de bâtiments, dont une église et des habitations proches de la mairie, sont partis en fumée.

Ce n’était pas la première fois. Kenscoff subit des assauts de groupes armés depuis le début de 2025. Chaque attaque a suivi le même schéma : sidération, condoléances officielles, promesses de riposte. Puis plus rien, jusqu’à la suivante.

Ce que Raina Forbin a dit à l’OEA

Devant l’OEA, Madame Forbin a affirmé que les forces de sécurité avaient intensifié leurs opérations dès le lendemain de l’attaque. Elle a évoqué le renforcement de la coordination avec la police, la mobilisation du FAES et l’implication du Premier ministre Fils-Aimé, qui aurait réuni la chaîne sécuritaire dans les premières heures.

Le problème, c’est que cette version ne résiste pas à l’épreuve des faits. Aucune unité mobilisée n’a été nommée. Aucune zone d’opération précisée. Aucun chiffre sur les personnes secourues, les arrestations effectuées ou les résultats obtenus contre les groupes armés responsables du massacre. Un mois après l’attaque, sur les plus de 50 personnes enlevées, on ignore toujours combien ont été libérées. La police, de son côté, a communiqué très peu sur les opérations censées les retrouver.

Présenter comme un succès une réponse dont on ne peut vérifier ni l’ampleur ni les résultats, ce n’est plus de la diplomatie prudente. C’est raconter une histoire à la place d’en rendre compte. Et quand l’écart entre le discours officiel et la réalité documentée devient aussi net, le mot qui convient n’est plus « approximation » : c’est mensonge par omission, celui qui consiste à parler de résultats qu’on n’a pas.

Les habitants, eux, ne racontent pas la même histoire

Sur place, les résidents sont descendus dans la rue pour réclamer sécurité et justice. Le RNDDH parle d’une population abandonnée, sans protection effective, alors que femmes enceintes, enfants et personnes âgées continuent de fuir. Rien, dans ces témoignages, ne fait écho à l’intensification annoncée à l’OEA.

Un mot à la ministre

Madame la Ministre,

Kenscoff n’a pas besoin d’un discours qui rassure les chancelleries étrangères. Elle a besoin de résultats qu’on puisse vérifier : le nombre de personnes libérées, les zones réellement sécurisées, les arrestations effectuées, la date à laquelle les familles déplacées pourront rentrer chez elles. Tant que ces chiffres resteront absents, chaque allocution devant une instance internationale ne fera qu’ajouter à la défiance d’une population qui, elle, vit le drame au quotidien.

La diplomatie a sa place. Mais elle ne remplace pas la sécurité. Et un peuple qui enterre ses morts n’a pas besoin qu’on parle en son nom devant l’OEA — il a besoin qu’on agisse pour lui, chez lui.

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