Le football adore les histoires impossibles. Celle de Ronaldinho en est une nouvelle illustration : à 46 ans, onze ans après sa dernière apparition professionnelle, le Brésilien est de retour dans le paysage du football italien. Mais derrière les images du Ballon d’Or 2005 en maillot numéro 10 du Ravenna FC, une question s’impose : s’agit-il réellement d’un retour sportif ou d’une formidable opération de communication ?
La réponse est probablement entre les deux.
Le 20 août 2026, Ravenne a accueilli Ronaldinho comme une véritable star mondiale. Plusieurs milliers de personnes se sont déplacées pour assister à sa présentation sur la plage de Marina di Ravenna. Le Brésilien, champion du monde 2002 et ancien joueur du PSG, du FC Barcelone et du Milan AC, a retrouvé le maillot numéro 10 et répété son envie de « danser avec le ballon » une dernière fois.
Son objectif affiché est aussi simple que romantique : inscrire un 300e but en carrière avant de tourner définitivement la page du football. Ronaldinho a également évoqué son souhait d’organiser une rencontre amicale avec le Milan, club où il a évolué entre 2008 et 2011.
Mais cette histoire possède une deuxième dimension, beaucoup plus intéressante.
Ronaldinho n’est pas seulement un joueur
Le premier élément à retenir est son statut au sein du projet Ravenna. Ronaldinho ne vient pas uniquement comme ancien footballeur. Il devient également actionnaire du club, selon le président Ignazio Cipriani. L’opération est donc à la fois sportive, institutionnelle et commerciale.
Et le club ne cache pas son ambition internationale.
Ravenna évolue en Serie C, la troisième division italienne, mais son propriétaire veut construire un projet capable de ramener progressivement le club vers les échelons supérieurs. L’arrivée de Ronaldinho permet immédiatement de donner à cette ambition une visibilité que le niveau sportif du club ne lui aurait probablement jamais offerte à lui seul.
Le phénomène est déjà mesurable. Plus de 2 700 abonnements avaient été vendus avant la présentation officielle du Brésilien, tandis que la collection limitée Ronaldinho × Ravenna FC a rapidement été annoncée comme épuisée sur la boutique officielle. Le maillot R10 est proposé à 129 euros et doit être livré à partir du 20 octobre.
Autrement dit, Ronaldinho n’apporte pas seulement ses pieds. Il apporte une audience mondiale.
Le fameux « retour » doit pourtant être relativisé
C’est ici que l’histoire devient particulièrement révélatrice.
Lorsque l’arrivée de Ronaldinho a été annoncée en juin, les premières informations ont créé l’impression d’un véritable retour en Serie C. Mais Ariedo Braida, vice-président du Ravenna et ancien dirigeant du Milan, avait rapidement tempéré les attentes : selon lui, Ronaldinho participerait avant tout à une opération marketing et ne jouerait pas régulièrement en Serie C. Il évoquait au mieux une apparition ou un match événement.
Quelques jours plus tard, le discours du club s’est montré plus ouvert à l’idée de le voir effectivement sur le terrain. Le Ravenna a officiellement présenté la nouvelle aventure comme celle d’un joueur qui pourra porter le maillot du club.
Cette évolution explique une grande partie du mystère entourant l’opération.
Ronaldinho est donc bien intégré au projet comme joueur et actionnaire, mais rien ne permet de le considérer comme un footballeur appelé à disputer une saison normale de Serie C. À 46 ans, après une très longue interruption, son éventuelle apparition sur le terrain serait surtout un événement exceptionnel.
Une marque qui vaut encore de l’or
C’est probablement ici que se trouve la véritable puissance du deal.
Ronaldinho a quitté le football professionnel depuis des années, mais il n’a jamais vraiment quitté l’imaginaire collectif. Son sourire, ses gestes techniques, son passage au Barça, son Ballon d’Or et ses vidéos devenues virales ont transformé son nom en marque mondiale.
Ravenna exploite précisément cette valeur.
Le club a développé une collection spécifique autour de Ronaldinho et du concept R10, avec un maillot présenté comme une édition limitée célébrant la rencontre entre la légende brésilienne et l’identité de Ravenne.
Pour un club de troisième division, obtenir cette exposition internationale représente une opportunité considérable : nouveaux supporters, ventes de produits dérivés, attractivité auprès des partenaires, visibilité médiatique et potentiel développement de la marque à l’étranger.
Et pour Ronaldinho, l’opération offre l’autre moitié du bénéfice : rester au cœur du football, renforcer son univers commercial et associer son nom à un projet sportif ambitieux.
Faut-il y voir un sauvetage financier ?
Il faut ici éviter un raccourci.
Ronaldinho a effectivement connu des années compliquées après sa carrière, avec des problèmes judiciaires et financiers. En 2020, il avait notamment été détenu au Paraguay après être entré dans le pays avec de faux documents. Il a finalement conclu un accord avec la justice paraguayenne et payé une amende. Des dettes importantes et des procédures concernant certains de ses biens avaient également été rapportées au Brésil.
Mais rien ne permet d’affirmer que son arrivée à Ravenna constitue un « sauvetage financier ». Ce serait aller plus loin que les faits disponibles.
Ce que l’on peut dire, en revanche, c’est que le projet lui offre une nouvelle plateforme économique et médiatique. Et cette plateforme peut avoir une valeur considérable pour une personnalité dont le nom reste mondialement identifiable.
Le véritable coup de génie
Au fond, Ravenna n’a peut-être pas recruté Ronaldinho pour ses performances à 46 ans.
Le club a recruté ce que représente Ronaldinho.
Son nom transforme une équipe de Serie C en sujet mondial. Une présentation sur une plage devient un événement international. Un maillot devient un objet collector. Un club relativement modeste devient soudain identifiable par des millions de personnes qui ne regardaient probablement jamais ses matchs.
Et Ronaldinho, lui, retrouve quelque chose qu’il n’avait plus depuis longtemps : une scène officielle.
Le rêve du 300e but est peut-être sincère. L’envie de rejouer aussi. Mais le véritable but de cette opération se situe probablement bien au-delà du rectangle vert.
À Ravenne, Ronaldinho ne revient donc pas seulement comme footballeur.
Il revient comme marque, comme symbole et comme moteur commercial.
Et si, au passage, son pied gauche lui permet encore d’offrir un dernier moment de magie, le spectacle n’en sera que plus beau.

