Dix ans de platines, une carrière construite pas à pas, et maintenant une première : DJ Kemissa devient la première femme DJ haïtienne à sortir un album. Avec Fanm Flanm, elle ne se contente pas d’ajouter un projet à son parcours — elle en fait un manifeste.
Derrière le nom de scène DJ Kemissa (aussi connue sous « Au Top Kemissa ») se cache Kemissa Trecile : DJ, productrice, mais aussi juriste et entrepreneure. Formée au droit commercial et communautaire, elle s’est spécialisée dans les questions qui touchent directement le milieu artistique — droits d’auteur, contrats, structuration du secteur de l’Entertainment en Haïti.
Son engagement dépasse largement la musique. Elle est notamment à l’origine d’« Attention Je Connais mes Doigts », une initiative consacrée aux droits des femmes et à la lutte contre les violences. C’est cette double vie — artiste et femme de terrain — qui donne tout son sens à Fanm Flanm.
Un album pensé et porté par des femmes
Dévoilé le 31 juillet 2026 lors d’une conférence de presse à l’UNESCO Haïti, l’album compte dix titres. Fait rare dans l’industrie : environ 80 % des personnes ayant participé à sa réalisation — production, écriture, composition, interprétation — sont des femmes.
Le titre lui-même porte un message. Pour Kemissa, chaque femme porte une « flamme » : une force intérieure capable de transformer son environnement. Fanm Flanm, c’est cette flamme mise en musique.
Une palette sonore métissée
L’album refuse de se cantonner à un seul style. On y retrouve du compas, du rap, de l’amapiano et du rabòday, portés par des influences afro-caribéennes assumées. Parmi les collaborations : Djesska sur l’introduction « Mèsi », Leyla Mizik sur « Nan Mond Pa m », Gab’s sur le titre éponyme « Fanm Flanm (Wake Up) », ou encore Sungee et Phil, Marcoli, Davi-G et Burning Phatass sur d’autres morceaux. La beatmakeuse Tara Beat fait également partie du projet.
D’interprète des autres à voix propre
Après une décennie à faire vivre les morceaux des autres depuis ses platines, Kemissa change de posture : pour la première fois, elle signe un univers qui lui appartient entièrement, de la direction artistique aux choix de production.
Le titre « W.È.M » — pour Women Empowerment Movement — résume l’esprit du projet avec une phrase en créole qui demande que les femmes soient vues « à leur juste valeur ». Un message qui fait écho à son propre parcours : la preuve qu’on peut être à la fois artiste, professionnelle et actrice engagée, sans avoir à choisir.
Une étape, pas un aboutissement
Kemissa ne raccroche pas ses platines pour autant. Fanm Flanm est plutôt le prolongement naturel de dix ans de carrière : après avoir construit des ambiances pour les autres, elle propose enfin la sienne. En devenant la première femme DJ haïtienne à publier un album, elle inscrit son nom dans l’histoire de la musique haïtienne — et ouvre la voie à celles qui suivront.

