Azaf : « Bourik Sele », la résistance en musique et en images - Buzz the Magazine

Azaf dévoile « Bourik Sele » : un clip où la résistance devient un acte de création

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L’autrice-compositrice-interprète haïtienne Azaf dévoile, ce 7 août 2026, le vidéoclip officiel de « Bourik Sele », une œuvre qui mêle musique, poésie et arts visuels pour parler de résistance, d’identité et de liberté. Portée par des sonorités haïtiennes, afro-caribéennes et jazz, la chanson interroge les mécanismes qui enferment, imposent le silence et assignent aux individus des rôles dont ils cherchent à s’affranchir.

Mais le projet va au-delà d’un simple clip musical. À travers des sculptures de têtes de mannequins, des tableaux symboliques et une esthétique fortement travaillée, Azaf transforme « Bourik Sele » en véritable proposition artistique. Cette sortie constitue également la première étape d’un projet scénique annoncé pour 2027.

« Bourik Sele », une œuvre née de la persévérance

Le vidéoclip arrive plusieurs mois après la sortie du single. Sur les plateformes musicales « Bourik Sele » est sorti le 18 novembre 2025, sous le label Tolalito Music, pour une durée de 4 minutes et 19 secondes.

Cette chronologie est importante pour comprendre le message du projet. Dans un texte publié à l’occasion de la sortie du clip, Azaf raconte comment son rapport à la création a évolué.

Pendant longtemps, explique-t-elle, elle considérait presque comme acquis le fait de réussir à concrétiser ses idées. Avec le temps, elle a découvert une réalité moins confortable : le travail, la détermination et la volonté ne suffisent pas toujours à faire aboutir un projet.

Certains projets s’arrêtent en cours de route. D’autres prennent beaucoup plus de temps que prévu.

« Bourik Sele » devient ainsi, à son tour, la preuve qu’une œuvre peut survivre aux obstacles.

L’artiste ne célèbre donc pas uniquement la sortie d’un vidéoclip. Elle célèbre la persévérance, les personnes qui ont contribué au projet et la décision de continuer lorsque l’abandon semblait possible.

« Résister, ce n’est pas seulement survivre »

Le cœur du projet tient dans une phrase d’Azaf :

« Résister, ce n’est pas seulement survivre. C’est avoir le courage de tracer sa propre voie. »

Cette déclaration donne une clé de lecture à l’ensemble de l’œuvre.

« Bourik Sele » aborde les réalités vécues par des personnes marginalisées et dénonce les mécanismes sociaux qui enferment, imposent le silence ou poussent les individus à suivre des chemins déjà définis.

Mais la chanson ne s’arrête pas à la dénonciation.

Elle célèbre celles et ceux qui choisissent de rester debout, de créer, de rêver et d’avancer avec dignité.

La résistance devient alors une forme d’émancipation.

Et surtout, elle devient une forme de création.

Azaf vêtue de rouge sur le visuel officiel du vidéoclip Bourik Sele

Le « bourik » comme symbole de l’endurance

Le titre lui-même porte cette idée.

Dans l’univers de la chanson, le bourik — l’âne — devient une figure de l’endurance : un être qui avance, porte des charges et continue son chemin malgré la difficulté.

Le morceau utilise cette image pour parler de persévérance et de mouvement.

La métaphore fonctionne à plusieurs niveaux. Elle peut évoquer les difficultés individuelles, mais aussi les expériences collectives de personnes qui doivent constamment composer avec des obstacles sociaux, culturels ou économiques.

C’est ce qui permet à « Bourik Sele » de dépasser une lecture strictement personnelle.

La chanson parle d’une expérience particulière, mais son interrogation est universelle : comment continuer à avancer lorsqu’on vous demande de rester à votre place ?

Une œuvre profondément enracinée dans le créole haïtien

L’un des choix les plus affirmés d’Azaf concerne la langue.

L’artiste fait le choix de créer en créole haïtien, sa langue maternelle, malgré les défis que peut représenter cette décision lorsqu’on cherche à toucher un public international.

Elle ne cherche pas à traduire son identité pour la rendre immédiatement accessible.

Elle cherche plutôt à proposer d’autres chemins vers son univers.

Les images, les matières, les mouvements, les symboles et les émotions deviennent ainsi un langage capable de compléter les paroles.

Ce choix s’inscrit dans une démarche artistique déjà visible dans ses productions précédentes. En 2025, avec « Kòve », Azaf utilisait également le créole pour porter une réflexion sur la terre, la solidarité et le rapport entre l’être humain et la nature. Le morceau avait été présenté comme un appel à renouer avec la terre et à restaurer les liens avec le vivant.

Avec « Bourik Sele », le regard se déplace : de la relation à la nature vers la relation à soi, aux autres et aux normes qui nous entourent.

Des sculptures qui deviennent des personnages

C’est probablement l’un des éléments les plus singuliers du vidéoclip.

Pour la première fois, selon le communiqué transmis par l’équipe de l’artiste, Azaf intègre à son langage créatif une série de têtes de mannequins qu’elle conçoit comme des œuvres d’art.

Ces sculptures ne servent pas uniquement de décor.

Elles participent au récit.

Chacune est pensée comme le support d’une émotion, d’une lutte, d’une mémoire ou d’une identité.

À travers différents tableaux, le clip évoque notamment la mémoire, l’exil, le doute, la résistance et l’espoir.

L’œuvre fait également écho aux expériences des femmes, des personnes immigrantes, des communautés marginalisées et des personnes issues de la diversité.

Mais Azaf élargit cette lecture à une question qui concerne chacun : comment préserver sa dignité et sa liberté lorsqu’on nous demande de correspondre à une identité prédéfinie ?

Quand la musique rencontre les arts visuels

Avec « Bourik Sele », Azaf poursuit une évolution déjà perceptible dans son parcours : sa musique ne se limite plus à l’espace sonore.

Elle cherche à faire dialoguer plusieurs disciplines.

La chanson porte le récit.

La poésie lui donne sa profondeur.

Les sculptures matérialisent les émotions.

La vidéo crée les liens entre ces différents éléments.

Cette volonté de décloisonnement correspond à une artiste qui a toujours entretenu une relation étroite avec les arts de la scène.

Son parcours comprend notamment une expérience comme chanteuse et comédienne au sein d’Haïti en Scène, avant le lancement de sa carrière solo en 2015.

De Jérémie à Montréal, une trajectoire entre racines et diaspora

Derrière le nom Azaf se trouve Asaphe Micaelle Jean Louis, née à Jérémie, dans la Grand’Anse.

La musique entre très tôt dans sa vie. Elle participe aux activités culturelles de sa communauté et cofonde, avec des camarades, le groupe Les Descendants de Vilaire, qui monte plusieurs spectacles en collaboration avec l’Alliance Française de Jérémie.

En 2010, elle quitte Jérémie pour Port-au-Prince afin d’y poursuivre des études universitaires en philosophie. Elle rejoint parallèlement Haïti en Scène, où elle développe son expérience de chanteuse et de comédienne.

En 2015, elle choisit de se consacrer à une carrière solo. Son premier vidéoclip, « Demen mwen prale », paraît en 2016. Elle s’installe ensuite au Canada en 2018.

Son parcours discographique comprend notamment Sonje, réalisé en Haïti, puis Par amour, son projet studio produit au Canada.

Cette trajectoire entre Haïti et le Québec constitue aujourd’hui une partie essentielle de son identité artistique.

En juin 2025, sa reprise de « Si w Al An Ayiti » de Guy Durosier témoignait déjà de cette volonté de maintenir un lien avec le patrimoine musical haïtien et avec les réalités de l’exil.

Une continuité après « Kòve »

« Bourik Sele » n’arrive donc pas isolément.

Il s’inscrit dans une période où Azaf développe des œuvres davantage centrées sur la mémoire, l’identité, l’engagement et les rapports de l’humain à son environnement.

Avec « Kòve », dévoilé en juin 2025, elle interrogeait la relation entre l’être humain et la terre. Le morceau associait notamment des influences haïtiennes et jazz à une réflexion sur la solidarité et la protection de la nature.

Avec « Bourik Sele », cette démarche prend une autre direction.

La question n’est plus seulement : que faisons-nous de notre environnement ?

Elle devient aussi : que faisons-nous de nous-mêmes lorsque le monde veut décider à notre place de ce que nous devons être ?

Un projet qui dépasse le vidéoclip

Le 7 août 2026 marque donc une étape, mais pas la fin du projet.

Azaf annonce déjà « Bourik Sele – Le spectacle », une création scénique prévue pour 2027.

L’ambition est de prolonger l’univers du clip sur scène en réunissant musique, arts visuels, scénographie et performance.

Chaque chanson devrait ainsi être associée à un univers visuel particulier, dans une proposition pensée pour les salles de spectacle, les festivals, les événements culturels et les diffuseurs des arts de la scène.

Cette perspective donne un autre sens aux sculptures et aux tableaux présents dans le vidéoclip.

Ils peuvent être considérés comme les premiers éléments d’un langage scénique appelé à se développer.

Une création collective

Si le projet porte fortement la signature artistique d’Azaf, sa réalisation repose sur plusieurs collaborateurs.

La réalisation du vidéoclip est signée Kairos Lab.
Lina M. Tangarife assure la caméra.
Maria Paula Suarez Lopez signe le montage.

Sur le plan musical, Jean Ernst Pierre et Asaphe Micaelle Jean Louis sont crédités comme auteurs-compositeurs, tandis que Jean Ernst Pierre signe l’instrumental.

L’enregistrement a été réalisé au Nectar Studio, avec Noel Mpiaza.

Le mixage et le matriçage sont assurés par Ghislain Brind’Amour.

La production est portée par West Urban Productions (WUP) et Wesli Loussaint.

Cette dimension collective rejoint d’ailleurs le message personnel publié par Azaf : derrière l’aboutissement d’une œuvre, il y a des personnes, du temps, du travail et une succession de gestes qui rendent finalement possible sa réalisation.

Une résistance qui ne se contente pas de survivre

Ce qui distingue « Bourik Sele », au fond, c’est peut-être cette volonté de transformer la résistance en quelque chose de constructif.

Résister, ce n’est pas seulement supporter.

Ce n’est pas seulement attendre que la difficulté passe.

C’est aussi inventer une autre possibilité.

Dans le cas d’Azaf, cette possibilité passe par la musique, le créole, les arts visuels et la scène.

L’artiste ne cherche pas à effacer les obstacles de son parcours. Elle les transforme en matière artistique.

C’est précisément ce que raconte la naissance du clip : un projet qui a demandé du temps devient finalement une œuvre visible, partageable et appelée à évoluer.

Avec « Bourik Sele », Azaf propose bien plus qu’un nouveau vidéoclip.

Elle construit un espace où se rencontrent musique haïtienne, influences afro-caribéennes et jazz, poésie, arts visuels et réflexion sur l’identité.

Le morceau, sorti le 18 novembre 2025, trouve aujourd’hui une nouvelle dimension à travers l’image.

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