Des racines ancrées dans la vitalité populaire
Né sous le signe du Sagittaire, Brengy J. Joseph grandit dans un environnement où la musique est omniprésente. « Enfant, on écoutait toujours de la musique chez moi : Coupé Cloué, Ti Kòn, Méridional des Cayes, Tropicana, Septentrional », confie-t-il. Originaire de Bel-Air, quartier réputé pour son énergie et sa « folie de vivre », il est immergé dès le plus jeune âge dans une culture sonore riche et diversifiée.
C’est pourtant à l’adolescence que le rap s’impose comme une révélation. Influencé par des figures locales telles que Masters, ORS (notamment Money Mike), Million Code, Jimmy O ou le duo F&Mes, il puise également dans le rap américain – Nas, The Notorious B.I.G., Jay-Z, Mobb Deep, D-Block – avec une admiration particulière pour Rakim, qu’il considère comme son guide artistique. « Rakim m’a dirigé et construit artistiquement », précise-t-il.
Le déclencheur décisif intervient dans son quartier, alors en pleine effervescence rap suite à l’ascension d’ASRAP. La rencontre avec Yakuza, superstar locale, marque un tournant. « On m’a fait rencontrer Yakuza, la première star que j’ai côtoyée de ma vie. Boom, je montais ma clique », raconte-t-il. Si ce premier collectif ne dure pas, la passion, elle, s’ancre durablement.
Une identité artistique : le rap comme miroir de la rue
Blay Z MatiQ définit son style comme du Street Knowledge Rap : « Ma musique représente la rue comme une conscience qui observe, qui vous parle par un langage vif, une énergie qu’on doit maîtriser pour y vivre. » Loin de la glorification, son rap est un appel à la vigilance : « Ma musique, c’est du wake up qui vous dit de garder les yeux wide open. »
Son processus créatif est organique. « Je ne cherche pas l’inspiration, je la vis », explique-t-il. Il commence par développer un concept, sélectionne l’instrumentale en fonction de la vibration recherchée, puis pose son flow. Parmi ses projets marquants, il cite JisPouTrip MIXTAPE comme son « acte de naissance dans le game » et JISPOUSTREET “The MAXI” comme le moment où il stabilise son identité conceptuelle.
Pour lui, l’artiste porte une responsabilité morale : « L’artiste qui ne rend pas son peuple conscient est un sorcier : il hypnotise le peuple par le pouvoir que l’art lui a donné pour en jouir l’énergie. » Son ambition ? Offrir une musique qui devienne « un miroir » dans lequel l’auditeur peut se reconnaître et grandir.
SUPREME MATIQ : un projet d’éveil collectif
Sorti le 21 juin 2025, SUPREME MATIQ [EP] est bien plus qu’un simple disque. « C’est un ami, une expérience, un appel à toucher le côté le plus suprême en vous », explique l’artiste. L’objectif : aligner les consciences sur une fréquence commune pour bâtir « une nouvelle société où le bien-être est roi ».
L’EP explore des thèmes centraux – conscience de soi, bravoure, énergie, persévérance – tout en rendant hommage à des proches disparus : Deja REAL, Francky Laguerre, Dodo Bakaloke. Conçu comme un tout cohérent, chaque titre est « un membre différent qui constitue l’univers entier ».
Côté production, Blay Z MatiQ s’entoure de collaborateurs de confiance : Benkele Beatz (co-concepteur sonore), Dedy Styl et Krishbeatz. Le processus débute par une envie d’apaisement émotionnel via le lo-fi, enrichi par des textures collectées et un saxophone inattendu. Enregistré chez Slime Empire Records, l’EP est finalisé avec un mixage et un mastering conceptualisés par l’artiste lui-même.
Blay Z MatiQ : Une vision lucide de l’industrie
Interrogé sur la place du rap haïtien, Blay Z MatiQ est catégorique : « C’est le genre le plus prolifique côté projet, celui qui fait le plus de bruit. On est au top. » Il identifie néanmoins des obstacles structurels : instabilité sociopolitique, manque de moyens, absence de soutien médiatique, et pour les artistes en diaspora, les défis de l’immigration et de la discrimination.
Malgré cela, il reste optimiste : « Dans les prochaines années, ce sera le big thing. On maîtrisera le marché, on développera du business, plus d’impact. »
Ambitions et héritage
À court terme, l’artiste se concentre sur la promotion de SUPREME MATIQ, la réalisation de clips, et le développement de KOMINOTE MOV. Des projets collectifs avec Nèfa, Machal, Woolens, B’Art, Ja-M ou Bobby Last One sont en préparation, tout comme un nouveau projet solo pour Kemberlee.
À plus long terme, il rêve grand : « Dans cinq ans, KOMINOTE MOV fait la biz comme Roc Nation, Mass Appeal, Def Jam, 92i. On fait des tournées partout, on sort de bons projets. » Parmi ses collaborations idéales : Nas, Jadakiss, Kalash, Popcaan, Emeline Michel, ou encore des voix posthumes comme celle de GBobby.
Son conseil aux jeunes artistes ? « Formez-vous, construisez-vous, foncez et persévérez. »
À ses auditeurs, Blay Z MatiQ adresse un message simple et sincère : « Big up tout vrè MATIQ ki pa janm sispann tande m’. Je vous kiffe. »
Avec SUPREME MATIQ, Blay Z MatiQ ne propose pas seulement un EP : il offre une philosophie. Dans un rap haïtien en pleine mutation, il s’impose comme un prophète discret, un observateur qui, par la force de ses mots, cherche à allumer des consciences. Une voix à suivre, assurément.

