Portrait de Blay Z MatiQ : Le Prophète du Street Knowledge qui Réveille les Consciences

Portrait de Blay Z MatiQ : Le Prophète du Street Knowledge qui Réveille les Consciences

Artiste Buzz the Magazine Portrait
L’univers bouillonnant du rap haïtien a vu naître un rappeur comme Blay Z MatiQ, qui émerge comme une voix brute et introspective, un observateur vigilant des rues qui transforme la réalité en rimes affûtées. Fondateur de KOMINOTE MOV, sa structure dédiée au hip-hop, ce Sagittaire originaire de Bel-Air distille un “Street Knowledge Rap” qui n’est pas seulement de la musique : c’est un appel à l’éveil. À l’occasion de la sortie imminente de son EP SUPREME MATIQ le 21 juin 2025, Buzz the Magazine vous invite à faire un voyage dans son parcours, sa vision et ses ambitions. Portrait de Brengy J. Joseph, un créateur qui place la conscience au cœur de son œuvre.

Des racines ancrées dans la vitalité populaire

Né sous le signe du Sagittaire, Brengy J. Joseph grandit dans un environnement où la musique est omniprésente. « Enfant, on écoutait toujours de la musique chez moi : Coupé Cloué, Ti Kòn, Méridional des Cayes, Tropicana, Septentrional », confie-t-il. Originaire de Bel-Air, quartier réputé pour son énergie et sa « folie de vivre », il est immergé dès le plus jeune âge dans une culture sonore riche et diversifiée.

C’est pourtant à l’adolescence que le rap s’impose comme une révélation. Influencé par des figures locales telles que Masters, ORS (notamment Money Mike), Million Code, Jimmy O ou le duo F&Mes, il puise également dans le rap américain – Nas, The Notorious B.I.G., Jay-Z, Mobb Deep, D-Block – avec une admiration particulière pour Rakim, qu’il considère comme son guide artistique. « Rakim m’a dirigé et construit artistiquement », précise-t-il.

Le déclencheur décisif intervient dans son quartier, alors en pleine effervescence rap suite à l’ascension d’ASRAP. La rencontre avec Yakuza, superstar locale, marque un tournant. « On m’a fait rencontrer Yakuza, la première star que j’ai côtoyée de ma vie. Boom, je montais ma clique », raconte-t-il. Si ce premier collectif ne dure pas, la passion, elle, s’ancre durablement.

Une identité artistique : le rap comme miroir de la rue

Blay Z MatiQ définit son style comme du Street Knowledge Rap : « Ma musique représente la rue comme une conscience qui observe, qui vous parle par un langage vif, une énergie qu’on doit maîtriser pour y vivre. » Loin de la glorification, son rap est un appel à la vigilance : « Ma musique, c’est du wake up qui vous dit de garder les yeux wide open. »

Son processus créatif est organique. « Je ne cherche pas l’inspiration, je la vis », explique-t-il. Il commence par développer un concept, sélectionne l’instrumentale en fonction de la vibration recherchée, puis pose son flow. Parmi ses projets marquants, il cite JisPouTrip MIXTAPE comme son « acte de naissance dans le game » et JISPOUSTREET “The MAXI” comme le moment où il stabilise son identité conceptuelle.

Pour lui, l’artiste porte une responsabilité morale : « L’artiste qui ne rend pas son peuple conscient est un sorcier : il hypnotise le peuple par le pouvoir que l’art lui a donné pour en jouir l’énergie. » Son ambition ? Offrir une musique qui devienne « un miroir » dans lequel l’auditeur peut se reconnaître et grandir.

SUPREME MATIQ : un projet d’éveil collectif

Sorti le 21 juin 2025, SUPREME MATIQ [EP] est bien plus qu’un simple disque. « C’est un ami, une expérience, un appel à toucher le côté le plus suprême en vous », explique l’artiste. L’objectif : aligner les consciences sur une fréquence commune pour bâtir « une nouvelle société où le bien-être est roi ».

L’EP explore des thèmes centraux – conscience de soi, bravoure, énergie, persévérance – tout en rendant hommage à des proches disparus : Deja REAL, Francky Laguerre, Dodo Bakaloke. Conçu comme un tout cohérent, chaque titre est « un membre différent qui constitue l’univers entier ».

Côté production, Blay Z MatiQ s’entoure de collaborateurs de confiance : Benkele Beatz (co-concepteur sonore), Dedy Styl et Krishbeatz. Le processus débute par une envie d’apaisement émotionnel via le lo-fi, enrichi par des textures collectées et un saxophone inattendu. Enregistré chez Slime Empire Records, l’EP est finalisé avec un mixage et un mastering conceptualisés par l’artiste lui-même.

Blay Z MatiQ : Une vision lucide de l’industrie

Interrogé sur la place du rap haïtien, Blay Z MatiQ est catégorique : « C’est le genre le plus prolifique côté projet, celui qui fait le plus de bruit. On est au top. » Il identifie néanmoins des obstacles structurels : instabilité sociopolitique, manque de moyens, absence de soutien médiatique, et pour les artistes en diaspora, les défis de l’immigration et de la discrimination.

Malgré cela, il reste optimiste : « Dans les prochaines années, ce sera le big thing. On maîtrisera le marché, on développera du business, plus d’impact. »

Ambitions et héritage

À court terme, l’artiste se concentre sur la promotion de SUPREME MATIQ, la réalisation de clips, et le développement de KOMINOTE MOV. Des projets collectifs avec Nèfa, Machal, Woolens, B’Art, Ja-M ou Bobby Last One sont en préparation, tout comme un nouveau projet solo pour Kemberlee.

À plus long terme, il rêve grand : « Dans cinq ans, KOMINOTE MOV fait la biz comme Roc Nation, Mass Appeal, Def Jam, 92i. On fait des tournées partout, on sort de bons projets. » Parmi ses collaborations idéales : Nas, Jadakiss, Kalash, Popcaan, Emeline Michel, ou encore des voix posthumes comme celle de GBobby.

Son conseil aux jeunes artistes ? « Formez-vous, construisez-vous, foncez et persévérez. »

À ses auditeurs, Blay Z MatiQ adresse un message simple et sincère : « Big up tout vrè MATIQ ki pa janm sispann tande m’. Je vous kiffe. »

Avec SUPREME MATIQ, Blay Z MatiQ ne propose pas seulement un EP : il offre une philosophie. Dans un rap haïtien en pleine mutation, il s’impose comme un prophète discret, un observateur qui, par la force de ses mots, cherche à allumer des consciences. Une voix à suivre, assurément.