Dans un contexte de chaos sécuritaire où les gangs terroristes paralysent le pays, les États-Unis multiplient les sanctions contre des figures haïtiennes impliquées dans la violence et la corruption.

Les Américains distribuent des cartes de sanction pour voler au secours d’Haïti

Buzz the Magazine Politique internationale

Dans un contexte de chaos sécuritaire où les gangs terroristes paralysent le pays, les États-Unis multiplient les sanctions contre des figures haïtiennes impliquées dans la violence et la corruption. Mais derrière ces mesures punitives, l’aide américaine reste limitée à des dons alimentaires modestes, révélant une hypocrisie qui laisse les Haïtiens face à un ennemi bien armé, tandis que d’autres nations comme Taïwan équipent leurs alliés en matériel militaire lourd.

Une vague de sanctions qui cible l’élite haïtienne

Le 17 octobre 2025, le Département du Trésor américain a frappé un coup de plus contre l’instabilité haïtienne en sanctionnant Dimitri Hérard, ancien chef de la sécurité présidentielle sous Jovenel Moïse, assassiné en 2021. Accusé d’avoir fourni armes et formation à la coalition de gangs Viv Ansanm, qualifiée de « terroriste » par l’administration Trump, Hérard rejoint une liste déjà longue d’individus haïtiens visés par Washington. Le même jour, l’ONU a suivi, imposant un gel des avoirs et un embargo sur les armes pour tout le pays.

Cette mesure n’est pas isolée. Depuis 2022, les États-Unis ont sanctionné une vingtaine de personnalités haïtiennes, souvent en coordination avec le Canada et l’UE, pour corruption, trafic de drogue et financement de gangs. Parmi elles figurent l’ancien président Michel Martelly (août 2024), accusé d’avoir facilité le trafic de cocaïne vers les États-Unis et sponsorisé des bandes armées ; les sénateurs Rony Célestin et Richard Lenine Hervé Fourcand (décembre 2022), impliqués dans le narcotrafic via leurs avions privés (home.treasury.gov) ; ou encore l’ancien député Prophane Victor (septembre 2024), créateur du gang Gran Grif responsable d’abus sexuels massifs dans l’Artibonite. Plus récemment, en septembre 2025, les ex-parlementaires Arnel Bélizaire et Antonio Chéramy ont été ajoutés pour avoir manipulé les institutions au profit des criminels.

Ces sanctions, gelant les actifs aux États-Unis et interdisant les transactions, visent à « démanteler les réseaux de violence », selon Bradley T. Smith, directeur de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) (home.treasury.gov). Mais pour beaucoup d’observateurs haïtiens, elles sonnent comme une punition sélective contre une élite corrompue, sans toucher aux racines du problème : le flux d’armes en provenance des États-Unis eux-mêmes, via la Floride, comme le souligne un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

Des gangs armés jusqu’aux dents, une aide qui patine

Haïti affronte une guerre asymétrique contre des « terroristes bien entraînés et armés jusqu’aux dents », pour reprendre les mots d’un habitant de Port-au-Prince interrogé par Buzz the Magazine. Les gangs comme Viv Ansanm contrôlent 80 % de la capitale, multipliant enlèvements, extorsions et massacres. Face à cela, l’aide américaine semble dérisoire. Depuis l’exercice fiscal 2023, l’USAID a débloqué près de 146 millions de dollars pour l’urgence humanitaire, touchant 1,5 million de personnes via des distributions alimentaires et de l’eau potable. Mais une grande partie de cette aide consiste en dons de riz et de produits de base, souvent importés des États-Unis, comme les 50 kg de riz par foyer distribués en 2020 par le Programme alimentaire mondial (PAM) avec le soutien américain.

“Yo ap voye grenn diri ban nou paske yo panse n grangou, men lòt peyi ap resevwa gwo elikoptè pou ranfòse taktik yo…”, confie un officier de police haïtien sous couvert d’anonymat, illustrant le fossé entre la générosité proclamée et la réalité. Des experts comme ceux du Center for Public Integrity soulignent que ces importations massives – 80 % du riz consommé en Haïti vient de l’extérieur – ont ruiné les riziculteurs locaux depuis les années 1990, sous l’effet des subventions américaines et des accords commerciaux forcés. En 2024, sur 35 millions de dollars d’aide alimentaire USAID, 10,6 millions ont servi à transporter du riz américain, au lieu d’acheter localement et de relancer l’économie rurale, selon un rapport de PBS News Hour.

L’hypocrisie américaine face aux générosités ciblées

Cette frugalité contraste avec la diplomatie musclée d’autres nations. Taïwan, par exemple, a récemment offert quatre hélicoptères d’assaut Bell UH-1H au Paraguay, son unique allié sud-américain, pour lutter contre le narcotrafic et le crime organisé. Modernisés et livrés en août 2025 avec pièces de rechange, ces appareils – capables de transporter une douzaine d’hommes à plus de 200 km/h – renforcent la capacité aérienne paraguayenne pour des opérations anti-gangs. “C’est une coopération fraternelle pour la sécurité”, a déclaré l’ambassadeur taïwanais José Chih-Cheng Han lors de la cérémonie.

Pourquoi cette générosité pour le Paraguay, pays stable, et des miettes pour Haïti, en pleine guerre civile ? L’hypocrisie américaine saute aux yeux : Washington sanctionne les facilitateurs d’armes en Haïti tout en tolérant un trafic qui part de ses ports floridiens. Et tandis que les États-Unis prônent la « stabilité » via des mesures punitives, leur aide humanitaire perpétue une dépendance alimentaire, freinant l’autosuffisance. Comme l’a admis Bill Clinton en 2010, les politiques passées ont été une « erreur diabolique » qui a appauvri Haïti. Aujourd’hui, sous l’ère Trump, les sanctions fleurissent, mais l’engagement concret reste timide.

Vers une solidarité authentique pour Haïti

Au-delà des chiffres froids des sanctions et des dons, c’est l’avenir d’un peuple épuisé qui se joue. Haïti mérite plus qu’un pansement financier : une aide structurée, incluant du matériel militaire pour sa police, son armée et un soutien à l’agriculture locale. Ce n’est pas de la charité, car les États-Unis détiennent une grande fortune d’Haïti chez eux après le braquage historique de la banque centrale en décembre 1914 par les Marines, qui ont emporté 500 000 dollars en or pour « sauvegarde » à la National City Bank de New York (history.state.gov).

Les récentes initiatives, comme le plan décennal de l’Administration Biden pour la stabilité (abandonné mais adaptable), pourraient inspirer une refonte. En attendant, ces « cartes de sanction » américaines, distribuées avec largesse, rappellent que la véritable urgence est politique : comment transformer la punition en protection réelle ? Pour les Haïtiens, la réponse ne viendra pas seulement de Washington, mais d’une mobilisation internationale qui traite le pays non comme un dossier, mais comme un partenaire. Et si l’exemple taïwanais, modeste mais concret, nous invitait à repenser nos priorités globales ?