Dans son premier roman, La Transe des Masques, publié aux Éditions C3, Marnatha Irène Ternier tisse une fresque littéraire audacieuse où s’entremêlent identité, spiritualité et critique sociale. Originaire de la Vallée de Jacmel, dans le Sud-Est d’Haïti, l’auteure puise dans ses racines pour offrir une œuvre complexe et universelle, qui transcende les genres littéraires. À travers cette entrevue exclusive accordée à Buzz Magazine, Marnatha Irène Ternier dévoile les inspirations, les défis et les aspirations qui façonnent son parcours d’écrivain.
Une identité ancrée dans la Vallée de Jacmel
Pour Marnatha Irène Ternier, la Vallée de Jacmel n’est pas qu’un lieu géographique : c’est le cœur battant de son univers créatif. « Ma source valléenne occupe une place centrale dans la trame de mon roman », confie-t-elle. Dès les premières pages de La Transe des Masques, un poème hommage à sa ville natale invite le lecteur dans un univers romanesque difficile à classer, où poésie, théâtre, récits et prose s’entrelacent. Cette richesse narrative reflète la diversité des influences de l’auteure, qui vont des auteurs de la Pléiade à la littérature haïtienne contemporaine, en passant par les philosophes Nietzsche et Camus.
L’écriture comme réponse à la mort
Interrogée sur ce qui l’a conduite à l’écriture, Marnatha répond sans détour : « C’est la mort. » Loin d’être une fatalité, la mort devient dans son œuvre un moteur de création, un cheminement cathartique transformant l’absence en beauté. « L’écriture me permet d’affronter la mort, d’abord comme une quête de beauté, puis comme un acte de création », explique-t-elle. Cette confrontation avec l’éphémère imprègne La Transe des Masques, où le vaudou, pilier culturel haïtien, joue un rôle clé. À l’image des épopées homériques, l’auteure mêle mythologie, traditions et réflexions contemporaines pour explorer les angoisses et les espoirs d’une société haïtienne en quête de vérité.
Un roman aux multiples facettes
La Transe des Masques, qui s’étend sur près de 410 pages, est une œuvre ambitieuse divisée en 18 parties, chacune précédée d’un pré-texte signé par Pradel Henriquez. Le roman se clôt par une postface du Dr Jean Élie Gilles et inclut des contributions critiques de figures comme l’artiste Bélo et la chanteuse Yole Dérose. Parmi les titres marquants figurent Le bal masqué, Ayibobo ou encore Par-delà le bien et le mal, inspiré de Nietzsche.

Le message central de l’ouvrage est clair : chacun porte un masque, souvent inconsciemment, symbole d’un « bluff collectif ». Marnatha appelle à dépasser ces artifices pour révéler la vérité d’une société. « Aucune société ne peut prospérer sur l’illusion », affirme-t-elle, s’appuyant sur des références bibliques pour ancrer son propos dans une universalité intemporelle.
Une vie entre multiples rôles
Marnatha Irène Ternier jongle avec aisance entre ses rôles de mère, de professionnelle et d’auteure. « Même combat », déclare-t-elle, reprenant une formule inspirée de Jack Lang pour souligner l’harmonie entre ces dimensions de sa vie. Étudiante à Barry University aux côtés de sa fille, Hillary Pierre, elle incarne une dynamique familiale inspirante, défiant les stéréotypes sur les migrants aux États-Unis. « Nous voulons montrer que le progrès intellectuel et académique est accessible aux familles qui savent ce qu’elles veulent », affirme-t-elle, célébrant l’hospitalité de nations comme les États-Unis, façonnées par les migrations.
Le pouvoir transformateur de la littérature
Pour Marnatha, la littérature est bien plus qu’un art : c’est un outil de transformation sociale et culturelle. Elle préserve la mémoire, éclaire la conscience historique et reflète l’esthétique d’une société, qu’elle soit belle ou douloureuse. Dans un monde marqué par les souffrances, elle voit dans l’écriture un moyen d’éveiller les consciences et de rappeler notre humanité. « La littérature peut changer le monde », insiste-t-elle, citant Rimbaud pour qui la poésie avait le pouvoir de transformer la vie.
Défis et aspirations d’une auteure engagée
Le chemin de l’écriture n’est pas sans obstacles. Marnatha évoque les critiques injustes et les préjugés qui marginalisent parfois les écrivains novices. Pourtant, sa détermination et sa discipline lui ont permis de surmonter ces défis. Le succès de La Transe des Masques à l’événement Livres en Folie témoigne de l’adhésion des lecteurs et renforce son engagement à produire des œuvres de qualité.
À la jeunesse, elle adresse un message vibrant : « Osez être vous-mêmes. » L’écriture, qu’elle qualifie de « voie royale », exige talent, rigueur et sensibilité. À travers ses futurs projets – une compilation d’articles de presse et un recueil de poèmes – Marnatha ambitionne de continuer à inspirer et à façonner les esprits.
En conclusion, Marnatha Irène Ternier adresse ses remerciements à Buzz Magazine pour cette tribune. « N’ayez pas peur de faire du buzz avec des ambitions nobles », lance-t-elle à l’équipe, saluant leur engagement à conjuguer créativité et éthique.
Avec La Transe des Masques, Marnatha Irène Ternier s’impose comme une voix littéraire puissante, ancrée dans son identité haïtienne tout en s’ouvrant à l’universel. Son roman, à la croisée des genres et des cultures, invite à lever les masques pour mieux embrasser notre humanité.

