Rupture entre Wid et Biggy Records : Quand les linges sales débordent de la famille

Rupture entre Wid et Biggy Records : Quand les linges sales débordent de la famille

Actualités/Politique Showbiz haïtien
L’industrie musicale haïtienne est une fois de plus secouée par une rupture de contrat qui ne passe pas inaperçue. Widler Octavius, plus connu sous le nom de Wid, ancien chanteur emblématique du groupe Zenglen, est au cœur d’une controverse avec son ancien label, Biggy Records. Après avoir marqué les esprits avec des tubes konpa au sein de Zenglen de 2013 à 2020, il avait rejoint Biggy Records pour lancer sa carrière solo. Cependant, une récente série d’événements a mis en lumière des tensions croissantes entre l’artiste et le label, ravivant le débat sur la gestion des contrats dans l’industrie musicale haïtienne.
Tout a commencé par une publication Instagram de Wid, dont le contenu, bien que ne nommant personne directement, semblait pointer du doigt Biggy Records. En réponse, le label a publié une note officielle, utilisant son template habituel, qui a suscité des réactions mitigées. Cette note, perçue comme une tentative d’imposer le silence à Wid, a amplifié la polémique. Pour éclaircir l’affaire, l’équipe de Konpa Trafik a invité Nephtalie Hyacinthe, présentée comme la responsable des relations publiques de Biggi Records, à intervenir par téléphone lors de leur émission.Mme Hyacinthe, tout en souhaitant préserver certaines informations confidentielles, a apporté des précisions troublantes. Ayant lu le contrat de Wid ainsi que ceux des autres artistes du label, elle affirme que les relations entre Wid et Biggy Records allaient bien au-delà d’un simple cadre professionnel. « C’était plus une affaire de famille », a-t-elle déclaré, soulignant une proximité qui aurait, paradoxalement, compliqué l’exécution des clauses contractuelles. Selon elle, le contrat prévoyait un partage équitable des dépenses et des revenus (50-50), mais cette dynamique familiale a brouillé les lignes, entraînant des malentendus.

Une rupture aux multiples facettes

Wid avait initialement annoncé son départ de Biggy Records de manière professionnelle, mais une seconde publication Instagram a envenimé les choses. Nephtalie Hyacinthe a clarifié que des pages sur les réseaux sociaux, jugées « fausses » par Wid, ont commenté des événements internes au label, exposant des détails qui auraient dû rester confidentiels. Cette intrusion dans ce qui était censé être une « affaire de famille » a exacerbé les tensions.

Pire encore, Mme Hyacinthe a pointé du doigt des incohérences dans la gestion financière du label. Parmi les dettes attribuées à Wid figurent des dépenses jugées « insensées », comme une facture de 141 $ pour du fast-food chez McDonald’s, alors que, selon elle, Wid ne consomme pas ce type de nourriture. De plus, le styliste du label imposait à Wid des vêtements de marque pour ses clips et apparitions publiques, malgré la préférence de l’artiste pour la simplicité, ce qui a créé des frictions supplémentaires.

Le silence de Biggy et les accusations en coulisses

Louco Désir, animateur vedette de Konpa Trafik, a tenté d’obtenir la version de Biggy, le PDG de Biggy Records. Ce dernier, suivant les conseils de son avocat basé au Canada, a refusé de s’exprimer publiquement, tout ce qu’il souhaite c’est de trouver un terrain d’entente avec Wid concernant le remboursement des dépenses et investissements du label. Cependant, des rumeurs persistantes, relayées par Billy Look, autre intervenant de du show, laissent entendre que Biggy Records envisagerait des mesures extrêmes, allant jusqu’à plaisanter sur un recours à des pratiques traditionnelles à Anse-à-Foleur pour régler le différend.

Un autre point de friction concerne la tentative du label de retirer le dernier album solo de Wid, des plateformes de streaming, une action que Biggy Records a qualifiée d’« erreur technique ». Cette explication n’a convaincu ni les fans ni les observateurs, qui y voient une tentative de pression sur l’artiste.

Une industrie en quête de professionnalisme

Ce n’est pas la première fois que l’industrie musicale haïtienne est confrontée à des ruptures de contrat brutales. Les cas de Danola et Anie Alerte, parmi d’autres, ont déjà mis en lumière les failles dans la gestion des relations entre artistes et labels. L’affaire Wid-Biggy Records s’inscrit dans cette lignée, révélant des problèmes récurrents : manque de transparence dans les contrats, confusion entre relations professionnelles et personnelles, et absence de mécanismes clairs pour résoudre les conflits.

Nephtalie Hyacinthe, qui se décrit comme une confidente et conseillère des artistes du label, déplore que l’affaire ait pris une telle tournure. Elle insiste sur le fait que Biggy Records n’a jamais souhaité le départ de Wid, évoquant même un « contrat à vie ». Cependant, les divergences financières et les publications publiques ont transformé ce qui aurait pu être une séparation à l’amiable en un spectacle médiatique.

Un appel à la réforme

Cette saga met en lumière la nécessité d’une réforme dans la gestion des contrats au sein de l’industrie musicale haïtienne. Les managers et producteurs doivent se former aux pratiques professionnelles pour éviter que des différends ne ternissent l’image du secteur. Comme le souligne de nombreux acteurs du système, ces conflits à couteaux tirés nuisent non seulement aux parties impliquées, mais aussi à la réputation de l’industrie dans son ensemble.

En attendant, les fans de Wid, qui continuent de soutenir sa carrière solo marquée par des projets comme STARBOY et ses initiatives philanthropiques, espèrent une résolution rapide et équitable. Quant à Biggy Records, le label devra clarifier sa position et prouver que ses pratiques peuvent s’aligner sur les standards d’une industrie musicale moderne et transparente.

Pour l’heure, une chose est certaine : dans cette « famille » musicale, les linges sales ne se lavent plus en privé. Ils s’étendent désormais sur la place publique, sous le regard attentif des fans et des médias.