Par la fondation de CINEMA NOUS, le cinéaste Laurent Ralphden, originaire de Jacmel et diplômé du Cine Institute en 2011, se positionne comme un artisan de la résilience culturelle. Son engagement vise à structurer un secteur fragile et à former une nouvelle génération de conteurs, faisant du 7e art un véritable moteur de développement en Haïti.
Un Parcours Forgé entre Jacmel et le Secteur Associatif
Né à Jacmel, ville reconnue pour son héritage artistique et culturel, Laurent Ralphden a très tôt été au contact d’un environnement propice à l’expression créative. Son engagement prend racine dans un parcours structuré par la formation et l’expérience concrète sur le terrain.
Après avoir affûté sa technique, il obtient son diplôme en cinéma du prestigieux Cine Institute de Jacmel en 2011. Cette formation académique a été complétée par de multiples expériences pratiques : il a notamment œuvré au sein de plusieurs ONG locales et boîtes de production sur place. Ces années passées à expérimenter diverses facettes du secteur lui ont permis de comprendre intimement les défis sociétaux et logistiques qui pèsent sur la création audiovisuelle haïtienne. C’est cette double connaissance, artistique et socio-professionnelle, qui a pavé la voie à la création de CINEMA NOUS.
L’Urgence de Structurer le Paysage Audiovisuel
En Haïti, l’industrie cinématographique est souvent perçue comme un loisir ou un art marginalisé, luttant contre le manque criant de financements et d’infrastructures adéquates. C’est dans ce contexte de précarité que Laurent Ralphden a fondé CINEMA NOUS. L’initiative n’est pas seulement un studio de production ; elle est une véritable plateforme de formation et de plaidoyer.
Pour M. Ralphden, le cinéma doit dépasser sa simple fonction divertissante pour s’imposer comme un vecteur de changement social et une ressource économique majeure. « L’Haïtien est un conteur né. Notre devoir est de lui donner les outils pour transformer ces histoires en productions qui peuvent non seulement voyager, mais aussi inspirer et éduquer », explique-t-il souvent lors de ses interventions.
Former la Prochaine Génération de Cinéastes
L’un des piliers de CINEMA NOUS est la formation. Consciente que l’avenir du cinéma haïtien repose sur la qualité de sa relève, l’organisation met l’accent sur des programmes intensifs couvrant tous les aspects de la production, de l’écriture de scénario à la post-production. Ces formations sont essentielles pour pallier le manque d’écoles spécialisées et garantir que les récits produits reflètent avec authenticité les nuances de la réalité haïtienne.
L’objectif est double : créer des emplois durables dans un secteur en pleine mutation et garantir que les productions locales possèdent un niveau technique et artistique capable de rivaliser sur la scène internationale. En privilégiant les thèmes de la paix, de l’égalité et de la résilience, Laurent Ralphden s’assure que son œuvre et celle de ses pairs contribuent activement au discours national.
Quand le Cinéma Interpelle : L’Exemple de « Kiyès Ki Responsab »
L’engagement social de Ralphden se matérialise dans ses réalisations, à l’image du documentaire percutant « Kiyès Ki Responsab ». Ce film, qui aborde frontalement la violence qui sévit dans le pays, n’est pas qu’un simple constat : c’est un appel à l’introspection collective et à l’unité citoyenne. En utilisant l’image pour documenter et interroger, le cinéaste place son art au service du débat public. S’inscrivant dans la lignée de ses mentors, tels qu’Arnold Antonin et Raoul Peck, Ralphden insiste sur le rôle d’éveil de conscience que doit jouer l’artiste. Pour lui, chaque film est une opportunité de « transformer la réalité ».
Un Avenir entre Lumière et Défis
Malgré les avancées, le chemin pour structurer définitivement l’industrie reste long. Le manque de subventions étatiques claires, les difficultés d’accès aux équipements et la faiblesse des circuits de distribution sont autant de défis quotidiens.
Pourtant, l’élan est là. Des initiatives comme CINEMA NOUS, couplées à la passion et à l’engagement de figures comme Laurent Ralphden, prouvent que le cinéma haïtien est riche de potentiel. Il ne s’agit plus seulement de faire des films, mais de bâtir une industrie crédible et pérenne. L’ambition est claire : faire d’Haïti non seulement un lieu de création, mais aussi une destination cinématographique reconnue.
Le pari de Laurent Ralphden est audacieux : démontrer que la caméra est une arme pacifique, capable de façonner une nation plus consciente d’elle-même. Reste à savoir si la société et les institutions répondront à cet appel, en reconnaissant et en investissant pleinement dans le pouvoir transformateur de l’image.

