Dans un élan de solidarité inédit, les admirateurs du groupe de konpa Zafem lancent le hashtag #NouFèkKareLa sur les réseaux sociaux. Face à une condamnation judiciaire à hauteur d’un million de dollars pour usage présumé illégal de leur nom, les fans se mobilisent pour affirmer que la musique haïtienne ne s’arrêtera pas là. Un mouvement qui transcende les frontières et rappelle la force des communautés en ligne.
Une affaire judiciaire qui secoue le monde du konpa
C’est une nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe au sein de la diaspora haïtienne et des amateurs de musique créole : Dener Ceide, cofondateur du groupe Zafem, a été condamné par un tribunal de New York à verser un million de dollars de dommages et intérêts. L’accusation ? L’utilisation sans autorisation du nom “Zafem”, un litige qui oppose le musicien à Wiss Joseph et Marie Joseph, deux citoyens haïtiens résidant aux États-Unis, qui affirment être les propriétaires légaux du nom.
Selon plusieurs sources, Wiss et Marie Joseph sont les fondateurs de l’entreprise Zafem World Entertainment, enregistrée en novembre 2015. En 2021, ils ont officiellement enregistré la marque “Zafem”, leur octroyant ainsi l’exclusivité de son utilisation à des fins commerciales.
Formé en 2018 par Dener Ceide et Reginald Cange, deux anciens collaborateurs issus du quartier de Carrefour à Haïti, Zafem s’est rapidement imposé comme un vent de fraîcheur dans le paysage du konpa. Avec des hits comme Ala De Ka (plus de 8 millions de vues sur YouTube) ou Savalou, le groupe a conquis un public avide de rythmes innovants, fusionnant konpa, zouk, jazz et soul.
Pourtant, ce succès fulgurant n’a pas été sans heurts. Dès leur premier album LAS, sorti en mai 2023 et acclamé pour ses 16 titres vibrants, Zafem a dû naviguer entre attentes démesurées et critiques acerbes. L’attente de deux ans pour cet opus avait créé une pression énorme, qualifiant même le groupe de “déception de l’année 2021” dans certains médias haïtiens. Aujourd’hui, ce nouveau rebondissement judiciaire menace non seulement leur pérennité, mais aussi l’héritage culturel qu’ils portent : une vision d’unité et de renouveau pour la musique haïtienne, comme l’exprime leur slogan, “Nou gen yon lòt vizyon avèk bon entansyon” (Nous avons une autre vision avec de bonnes intentions).
#NouFèkKareLa : Un hashtag qui unit et résiste
En réaction à cette sentence, prononcée récemment, les fans n’ont pas tardé à passer à l’action. Réunis sous l’égide du “Fan Club Zafem”, ils ont inondé les réseaux sociaux – X (ex-Twitter), Facebook et Instagram – avec le hashtag #NouFèkKareLa, une expression créole signifiant “Nous venons juste de commencer la partie”. Lancé dans les heures suivant l’annonce, ce mouvement viral a rapidement dépassé les 10 000 mentions en une journée, selon les tendances observées sur X.
Des messages de soutien affluent du monde entier : de Miami à Port-au-Prince, en passant par Montréal et Paris, où la diaspora haïtienne est particulièrement active.
“Malgre tout sa kap pase, vizyon an pap disparèt, e misyon an pap chanje. Nou Fèk Kare La !”
— Un fan anonyme basé en Floride, interrogé par LSV Media Production
Ce cri du cœur illustre parfaitement l’esprit de résistance qui anime la communauté. Certains admirateurs vont plus loin : des promesses de contributions financières circulent déjà pour aider à couvrir la somme due, transformant un revers personnel en cause collective. À titre d’exemple concret, lors d’une performance du groupe à Orlando le soir même de l’annonce – un concert maintenu malgré la tourmente –, le public a scandé des slogans de solidarité, brandissant des pancartes improvisées avec le hashtag. Ce n’est pas seulement un soutien musical ; c’est une affirmation que Zafem, avec ses engagements sociaux pour l’unité et la charité, dépasse le cadre d’un simple orchestre.
La force des fans : Un modèle pour la culture haïtienne
Ce qui frappe dans cette mobilisation, c’est sa spontanéité et son ampleur. Dans un contexte où la musique haïtienne, riche de son histoire de résilience, fait face à des défis multiples – de la stagnation créative des années passées aux contraintes économiques de la diaspora –, #NouFèkKareLa rappelle le pouvoir des réseaux sociaux comme outil d’empowerment.
Zafem n’est pas le premier groupe à traverser des tempêtes judiciaires ou commerciales, mais la réponse de ses fans pose un jalon : celle d’une communauté qui refuse la fatalité. Des médias comme Bèlide Magazine et LSV soulignent déjà comment ce hashtag pourrait inspirer d’autres artistes haïtiens confrontés à des litiges similaires, favorisant une solidarité accrue au sein de l’industrie.
Au-delà du cas Zafem, ce mouvement interroge notre rapport à la culture : dans un monde où les marques et les droits intellectuels dictent souvent le tempo, les fans deviennent les véritables gardiens de l’âme créole. Et si cette affaire, loin de briser un groupe, catalysait un renouveau plus large pour le konpa haïtien ?
Vers un avenir où la musique triomphe toujours
Alors que Zafem n’a pas encore réagi officiellement à la décision judiciaire, le silence de Dener Ceide et de ses acolytes laisse place à l’espoir. #NouFèkKareLa n’est pas qu’un slogan éphémère ; c’est un appel à la persévérance, un rappel que – la partie – ne fait que commencer.
Pour les fans, c’est clair : tant que bat le rythme du konpa, Zafem vivra. Et nous, lecteurs, ne pourrions-nous pas, à notre tour, nous mobiliser pour les voix qui nous font vibrer ? Dans cette ère numérique, chaque like, chaque partage, est une note de plus dans la symphonie haïtienne.


1 thought on “#NouFèkKareLa : Le cri du cœur des fans pour sauver Zafem”
Comments are closed.